Impressions – Women Writing Architecture 1700–1900
Dans le foyer du bâtiment HIL sur le Hönggerberg, une forêt de cartes postales est suspendue. Des centaines de cartes, disposées serrées, chacune portant un nom, une citation, une image. Visible jusqu’au 8 mai, «Women Writing Architecture 1700–1900» est issue d’un projet de recherche de cinq ans mené à l’ETH Zurich et met en lumière ce que l’histoire de l’architecture a longtemps négligé: les femmes ont écrit l’architecture. La rédaction de Swiss Arc a visité l’exposition.
Commissariée par Anne Hultzsch, avec Elena Rieger et Sol Pérez Martínez, l’exposition rassemble les résultats d’un projet de recherche de cinq ans, financé par le Conseil européen de la recherche. Son approche est claire: l’écriture n’est pas un simple accompagnement de l’architecture, elle en fait partie. Les textes ne se contentent pas de décrire des bâtiments, des villes ou des paysages. Ils organisent la perception, structurent l’espace et façonnent les représentations de l’architecture. C’est précisément là que l’exposition intervient. Le titre renonce délibérément à toute préposition. Les femmes n’écrivent pas sur l’architecture. Elles écrivent l’architecture. Le déplacement est minime, mais ses conséquences sont considérables. L’histoire de l’architecture ne se construit pas uniquement à partir d’œuvres bâties, mais aussi de textes : d’observations, de descriptions et de critiques.
Les cartes postales comme outil de recherche
Le cœur de l’exposition est constitué d’une installation de cartes postales. Chaque carte présente une autrice: avec un portrait, une citation et une brève mise en contexte de son œuvre. Ensemble, elles forment un ensemble dense de voix issues de deux siècles
Une citation historique montre comment des autrices décrivent, organisent ou évaluent l’espace. Le verso condense ces perspectives en lectures brèves et précises, et rend visibles les aspects de l’espace, de l’usage et du quotidien longtemps restés en marge de l’histoire de l’architecture. Les cartes ne se contentent pas de regarder en arrière: elles déplacent le regard porté sur l’histoire de l’architecture elle-même. Elles montrent à quel point celle-ci apparaît autrement dès lors que ces voix en font partie. Chaque autrice se voit attribuer un rôle — critique, pédagogue, designer ou théoricienne — des catégories issues de l’histoire de l’architecture, ici appliquées à des actrices jusqu’ici largement absentes de ce vocabulaire. La carte postale ne fonctionne ainsi pas comme un simple support d’accompagnement, mais comme un instrument. Elle collecte, structure et diffuse le savoir, et traduit la recherche dans un format destiné à circuler.
Une carte est par exemple consacrée à l’autrice anglaise Hannah Woolley, l’une des premières femmes à avoir gagné sa vie par l’écriture au XVIIe siècle. Dans ses manuels consacrés au foyer et à la cuisine, elle décrit également les espaces: comment les pièces sont organisées, les meubles disposés et les intérieurs utilisés. Vue d’aujourd’hui, de tels textes apparaissent comme des formes précoces d’instruction spatiale, comme un savoir architectural sous les dehors d’un livre de cuisine.
Voix issues de contextes variés
Les autrices écrivent depuis des contextes sociaux et culturels variés. Elles publient en allemand, en anglais ou en espagnol et viennent aussi bien d’Europe que du sud de l’Amérique du Sud. Leurs textes naissent dans des contextes multiples. Cette approche élargit considérablement le regard porté sur les écrits architecturaux. Aux côtés des récits de voyage, on trouve des textes journalistiques, des essais, des poèmes, des traités moraux, des livres de jardinage, des livres de cuisine ou encore des manuels d’économie domestique. L’architecture n’y apparaît pas comme une discipline clairement délimitée, mais comme un thème qui traverse de nombreuses formes d’écriture.
La littérature de voyage joue un rôle central. Au XVIIIe siècle, elle constituait l’un des rares genres dans lesquels les femmes européennes pouvaient publier. Les autrices y décrivaient des villes, des paysages, des bâtiments et des parcours — développant ainsi leurs propres formes d’observation spatiale. D’autres textes portent sur les espaces intérieurs, l’organisation domestique ou les jardins. D’autres encore mettent en relation l’architecture et la politique, par exemple dans des écrits sur les droits des femmes ou la propriété foncière. C’est précisément cette dispersion qui est décisive. Elle montre l’ampleur avec laquelle l’architecture est abordée comme pratique — et combien de ces perspectives ont été largement négligées par l’histoire de l’architecture établie.
L’écriture comme pratique architecturale
L’exposition ne s’arrête pas au XIXe siècle. Elle prolonge la question jusqu’à aujourd’hui: qui produit l’architecture et avec quels moyens ? Les textes y jouent un rôle central. Ils décrivent les espaces, les situent et diffusent des images de l’architecture. Écrire, c’est intervenir dans le discours. L’exposition élargit ce regard en y intégrant des voix longtemps négligées. Elle montre que l’histoire de l’architecture ne se compose pas uniquement d’objets construits, mais aussi de descriptions, d’observations et d’interprétations
Dans le foyer du bâtiment HIL, il ne se déploie pas un récit linéaire, mais une archive ouverte. Les cartes postales sont suspendues côte à côte, en grand nombre; elles se lisent, se comparent, s’emportent. Pour la rédaction aussi, il devient manifeste avec quelle cohérence l’exposition déplace le canon. Le geste est discret, mais son effet est considérable. L’histoire de l’architecture demeure incomplète tant que certaines voix en sont absentes. L’exposition invite à la relire.
ETH Zurich gta Ausstellungen
Women Writing Architecture 1700–1900
Date: jusqu’au 8 mai 2026
Lieu: gta Foyer, HIL D 50.5, Stefano-Franscini-Platz 5, Zurich
Horaires: du lundi au vendredi, de 8h à 21h







