Quand la lumière devient espace – Sabine Marcelis au Museum für Gestaltung de Zurich
Un luminaire se transforme en tunnel praticable, de la lave s’élève en colonnes à hauteur de plafond, l’eau projette des reflets mouvants sur le mur: avec «Light and Color», le Museum für Gestaltung de Zurich présente la première exposition muséale entièrement consacrée à l’œuvre de Sabine Marcelis. L'exposition, qui se tient au Toni-Areal jusqu'au 4 avril 2027, soulève une question qui dépasse largement le cadre du design d'objet: à partir de quand un objet conçu devient-il un espace?
Sabine Marcelis travaille avec un nombre restreint de moyens: des formes épurées, du verre, de la résine et de la pierre naturelle, mais surtout la lumière et la couleur. Chez elle, un matériau n’est jamais seulement une surface. Il laisse passer la lumière, la concentre, reflète son environnement ou modifie son expression selon l’angle de vue. Le musée zurichois rassemble des groupes d’œuvres majeurs des dernières années autour d’installations spécialement conçues pour l’exposition. Plutôt qu’une rétrospective strictement chronologique, c’est l’expérience sensorielle qui est mise en avant; des échantillons et des études de matériaux donnent en même temps un aperçu du travail qui se cache derrière ces effets d’une apparente facilité.

Mathmos Lava Columns | Photo: Umberto Romito & Ivan Šuta / Museum für Gestaltung Zurich / ZHdK
Du produit de série à l'expérience spatiale
Le «VARMBLIXT-Tunnel» illustre particulièrement bien la manière dont Marcelis fait basculer la frontière entre l’objet et son environnement. Conçue pour IKEA, cette lampe circulaire est destinée à un usage domestique. À Zurich, 125 exemplaires, associés à un mur de miroirs aux couleurs dégradées, forment un tunnel lumineux praticable de onze mètres de long. Grâce à la répétition, aux reflets et au changement d’échelle, cet objet familier se transforme en une expérience spatiale: on ne se contente plus de regarder les lampes, mais on se déplace à travers l’effet qu’elles produisent.
L'installation «Mathmos Lava Columns» fonctionne de manière similaire, mais avec une perception du temps différente. Huit lampes de près de trois mètres de haut sont disposées entre des murs recouverts de miroirs. Tandis que les reflets agrandissent visuellement l’espace, la lumière à l’intérieur des colonnes ne cesse de changer. Marcelis transpose ainsi la lampe Laval, inventée en 1963, dans une dimension où ce n’est plus l’objet design en soi, mais le mouvement et l’atmosphère qui déterminent l’impression générale.
«Sunbeam Captured», une collaboration avec Boris Acket, offre un contrepoint à cette répétition en série. Des ondes générées mécaniquement font onduler une fine couche d’eau; une source lumineuse mobile retrace la course du soleil. Les reflets sont amplifiés par un miroir dont la couleur vire du bleu à l’orange. Ici, la lumière n’est pas mise en scène comme un effet prédéfini, mais comme quelque chose d’éphémère qui ne se révèle que dans l’interaction entre l’eau, le mouvement, la surface et le temps.

Vue de l'exposition | Photo: Umberto Romito & Ivan Šuta / Museum für Gestaltung Zurich / ZHdK
Une pratique à la croisée des disciplines
Marcelis est née aux Pays-Bas en 1985 et a grandi en Nouvelle-Zélande. Après avoir obtenu son diplôme à la Design Academy d'Eindhoven en 2011, elle s'est installée à Rotterdam. Son studio travaille aujourd'hui sur des produits, des meubles, des installations et des aménagements d'espaces. Son travail se caractérise par une attention particulière portée aux matériaux et aux processus de fabrication: la forme épurée n’est pas seulement un choix esthétique, mais permet également de mettre en valeur les propriétés du matériau.
Son parcours montre clairement pourquoi la classification habituelle de «designer de produits» ne lui rend pas justice. Pour «No Fear of Glass», Marcelis a mis en relation, au pavillon de Barcelone conçu par Mies van der Rohe et Lilly Reich, de nouveaux objets avec l’architecture existante – notamment des chaises longues, une fontaine et des luminaires. Au Vitra Schaudepot, dans le cadre de «Colour Rush!», elle a classé environ 400 objets de la collection par couleur, modifiant ainsi la perception de l’exposition dans son ensemble. Et avec «Continuum», elle met en scène, à la Kunsthal de Rotterdam, une rampe du bâtiment conçu par OMA à l’aide de volumes en marbre. Ces œuvres ne se contentent pas d’aménager des espaces: elles prennent comme point de départ leur échelle, leurs parcours et leur matérialité.
Marcelis évolue à la croisée du design, du mobilier, de la sculpture et de l'architecture. Chez elle, une table peut être à la fois un objet utilitaire et un corps lumineux; un luminaire devient une installation, une expérimentation sur les matériaux se transforme en intervention dans un espace existant. Pour un public féru d’architecture, c’est précisément là que réside tout l’intérêt de l’exposition zurichoise: elle permet de comprendre que l’effet spatial ne résulte pas uniquement des murs et des plans, mais aussi des surfaces, des reflets et des mouvements des spectateurs.
Entre émerveillement et regard plus attentif
Les grandes installations lumineuses sont sans doute celles qui laissent l'impression la plus immédiate dans cette exposition. Il est toutefois plus intéressant de ne pas les considérer uniquement comme des images spectaculaires. Le «VARMBLIXT-Tunnel» montre ce qui se passe lorsqu'un objet fabriqué industriellement est multiplié. Les colonnes de lave illustrent comment le mouvement transforme un espace au fil du temps. «Sunbeam Captured» attire le regard sur un phénomène naturel que Marcelis traduit à l’aide de moyens techniques. Dans ces trois cas, la lumière n’est pas un accent ajouté a posteriori, mais le véritable matériau de construction de l’expérience.
C’est précisément parce que ces œuvres sont mises en scène avec tant d’efficacité qu’il vaut la peine de s’attarder également sur les échantillons et les études de matériaux exposés. Ceux-ci permettent de nuancer l’impression selon laquelle ces espaces lumineux seraient le fruit d’une simple idée visuelle. La tension créative de l’exposition se situe entre l’émerveillement immédiat et la question plus précise de savoir comment le verre, la résine, les miroirs et la source lumineuse ont été associés. En ce sens, «Light and Color» est plus qu’une simple présentation de beaux objets: c’est une invitation à considérer la création d’une atmosphère comme un travail spatial précis.

VARMBLIXT-Tunnel | Photo: Umberto Romito & Ivan Šuta / Museum für Gestaltung Zurich / ZHdK
Ce texte a été traduit de l'allemand vers le français à l'aide de l'IA.
Sabine Marcelis. Light and Color
Museum für Gestaltung, Zurich
Lieu: Toni-Areal, Pfingstweidstrasse 96, Zurich
Durée: jusqu'au 4 avril 2027
Horaires d'ouverture: du mardi au dimanche de 10 h à 17 h, le jeudi de 10 h à 20 h




