Données du projet

Données de base

Situation de l'objet
Freiburgstrasse 20, 3000 Bern, Suisse
Catégorie de projet
Type de bâtiment
Achèvement
08.2023

Données du bâtiment selon SIA 416

Étages
11 à 20
Nombre de sous-sols
2 étage
Surface de terrain
7046 m²
Surface de plancher
82'000 m²
Surface utile
41'000 m²
Volume bâti
333'000 m³
Coûts de construction (BKP 2)
670,0 mio. CHF
Nombre de postes de travail
2000
Places de parking
101
Nombre de lits
532

Description

Un quartier vivant et une grande qualité de séjour plutôt qu’une fonctionnalité monotone – le nouveau bâtiment principal Anna-Seiler-Haus de l’Inselspital de Berne a été achevé en août 2023. Fondé en 1354, l’Inselspital est un centre de compétences médicales d’envergure internationale, situé sur une colline aux abords de Berne, et dont le développement se poursuit selon un plan directeur adopté en 2015. Le projet consistait à doubler la surface brute de plancher à emprise au sol égale, tout en maintenant l’exploitation hospitalière en cours. Outre les questions architecturales, les enjeux liés aux processus ainsi qu’à la logistique, à leur mise en œuvre et à leur réalisation, ont joué un rôle déterminant. S’élevant sur seize niveaux, le nouveau bâtiment constitue la pièce maîtresse – également appelée Cœur d’Île – et forme le point culminant, visible de loin, de l’Inselspital.

Le bâtiment apporte une réponse simple à une problématique complexe. Grâce à une structure claire, composée de deux noyaux principaux de circulation et de deux patios, les visiteur·euse·s peuvent facilement s’orienter dès leur entrée dans le bâtiment. La lisibilité des parcours demeure un thème central et est assurée à tous les niveaux. Les vues vers les atriums ainsi que vers le paysage urbain et naturel, l’apport majoritaire de lumière naturelle, les changements de matérialité entre les différentes zones fonctionnelles, ainsi qu’une signalétique cohérente, jouent à cet égard un rôle essentiel. Conçu selon le standard Minergie-P-ECO et le principe de la maison passive, le bâtiment s’organise comme une « ville dans la ville », dont le degré de privacité augmente avec les étages. Le thème central de l’organisation spatiale de cet édifice, comparable par ses dimensions – avec ses 82 000 mètres carrés – à un quartier urbain, repose sur le principe suivant: ma ville, mon quartier, ma rue, mon chez-moi. La conception s’appuie sur les flux fonctionnels et les schémas de déplacement des patient·e·s, des collaborateur·rice·s et des visiteur·euse·s.

Le foyer constitue le point d’accueil central et le premier lieu de référence pour les patient·e·s. Deux noyaux de circulation et des patios offrent ici une orientation claire. Au-dessus se trouvent les niveaux de traitement et les blocs opératoires, ainsi que les unités de soins intensifs. Les étages de soins, situés dans les niveaux supérieurs, accueillent les patient·e·s avec des zones d’arrivée et des espaces de séjour à caractère domestique. Des matériaux et des teintes perçus comme chaleureux, des surfaces agréables au toucher et de vastes vues sur le paysage urbain environnant créent un sentiment de « chez-soi » et instaurent une échelle humaine au sein du fonctionnement dynamique d’un hôpital universitaire – regroupant sous un même toit le centre cardiovasculaire ainsi qu’une multitude de cliniques spécialisées.

L’Anna-Seiler-Haus est le bâtiment hospitalier le plus moderne de Suisse – et constitue en même temps un contre-projet au paradigme répandu des ensembles hospitaliers bas, structurés en pavillons. La thèse du projet est la suivante: sur un campus hospitalier urbain densifié, exploité en continu depuis plus de 650 ans, la tour n’est pas une solution de fortune, mais la réponse architecturale et opérationnelle la plus pertinente. La situation initiale ne permettait aucune autre conclusion. Le site est contigu à la vieille ville de Berne inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et est enclavé entre des bâtiments cliniques existants, des corridors d’infrastructure et des espaces publics. Une extension horizontale de 82 000 mètres carrés de surface de plancher brute aurait engendré de longs couloirs sans lumière naturelle, des chambres donnant sur des cours de service et des distances opérationnellement inacceptables entre les différentes fonctions. La densification verticale sur 18 étages et 63,3 mètres de hauteur inverse ces inconvénients: chaque chambre de patient se situe en façade, chaque couloir se termine par une fenêtre, chaque unité de soins dispose d’une terrasse végétalisée avec vue sur la ville, le Jura et les Alpes.

Il est déterminant que, malgré sa dimension, le bâtiment ne reste pas un objet isolé, mais s’inscrive dans le tissu urbain. Quatre passerelles aériennes relient directement le nouveau bâtiment au centre de soins intensifs, des urgences et des opérations INO, ainsi qu’à l’hôpital pédiatrique Julie-von-Jenner-Haus. Le rez-de-chaussée s’ouvre sur le réseau de cheminements publics du campus et préserve la perméabilité piétonne. L’hôpital ne fonctionne pas comme une institution fermée, mais comme une partie ouverte et traversante de la ville. À l’intérieur, l’organisation spatiale suit le principe d’une ville verticale : halls d’entrée publics conçus comme des places, niveaux de traitement comme centres fonctionnels, unités de soins comme des quartiers dotés de leurs propres zones d’accueil, d’espaces de séjour et de couloirs de chambres calmes. Le degré d’intimité augmente avec les étages. Cette lecture n’est pas un récit a posteriori, mais constituait la base du projet – dérivée des schémas de déplacement et des processus fonctionnels des patient·e·s, des collaborateur·trice·s et des visiteur·euse·s. L’Anna-Seiler-Haus est le premier bâtiment hospitalier de Suisse certifié Minergie-P-Eco. La structure porteuse, avec des profondeurs de plateaux de 18 mètres le long des façades, permet la reconversion des espaces cliniques sans intervention constructive sur la structure primaire. Le projet a été livré dans les délais à la date définie en amont – six ans après le début des travaux, malgré la pandémie de COVID-19 et les perturbations des chaînes d’approvisionnement consécutives à la guerre en Ukraine – et réalisé dans l’enveloppe budgétaire de 670 millions de francs suisses. Cette performance repose sur l’utilisation intégrée du Building Information Modelling et du Lean Construction à travers toutes les disciplines. Pour un projet de cette complexité – 532 lits, 3254 espaces, construction en exploitation hospitalière – le respect des délais et des coûts constitue une performance en soi.

Le projet de GWJ Architektur a été soumis dans le cadre du Swiss Arc Award 2026 et publié par Nina Farhumand.

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