PARK ARCH a ajouté une sculpture d'escalier expressive au château de Rapperswil

Publié le 11 juin 2026 par
Roman Hollenstein

La rénovation soignée du château de Rapperswil illustre la possibilité d’un dialogue harmonieux entre patrimoine historique et architecture contemporaine. PARK ARCH a intégré à l’imposante fortification un nouvel escalier inspiré des crevasses glaciaires, et le spectacle est au rendez-vous. Une nouvelle manière de découvrir ce monument historique orchestrée par le dialogue entre passé et présent.

Photo: Valentin Jeck

Photo: Valentin Jeck

Photo: Valentin Jeck

Vous êtes-vous déjà promené à Rapperswil, à l’abri sous les platanes taillés à la provençale au bord du lac de Zurich, le long des terrasses de restaurants en direction du débarcadère? On s’y croirait presque en Méditerranée. Une fois sur la jetée, le regard embrasse la vieille ville, attiré par les tours en pierres grises de l’église et du château qui la dominent. Cette couronne urbaine qui rappelle les tours seigneuriales de Toscane, remonte en partie à l’époque romane. L’ouvrage fortifié, dont la construction a débuté en 1220 sous l’égide de Rodolphe II de Rapperswil, se dresse sur une colline plantée de vignes qui s’avance dans le lac de Zurich telle la proue d’un bateau. De là-haut, il était facile de surveiller le chemin de pèlerinage vers Einsiedeln et le trafic lacustre.

Situation: PARK ARCH

Situation: PARK ARCH

Situation: PARK ARCH

Acropole médiévale

Après que Rapperswil eut racheté en 1464 sa liberté aux Habsbourg et ratifié une alliance perpétuelle avec la Confédération, l’acropole médiévale servit jusqu’en 1798 de siège aux baillis fédéraux, puis de prison et de caserne. En 1869, le comte polonais Wladyslaw Plater confiait à Julius Stalder la transformation de la forteresse en château, en profitant pour installer le Musée national polonais dans l’aile résidentielle. Un geste symbolique qui permettait au comte et à ses compatriotes d’espérer un avenir meilleur pour leur patrie alors déchirée entre différentes puissances étrangères. Ce n’est qu’en 2022 que le musée a déplacé les objets de sa collection dans la récente Bibliothèque polonaise établie sur la Hauptplatz de la localité.

L’histoire de la récente transformation du château a débuté avec une polémique lancée par un journal local gratuit au sujet de son utilisation. S’ensuivirent de vifs débats politiques auxquels la Commune de Rapperswil-Jona a réagi en confiant en 2014 à l’agence créative Steiner Sarnen la tâche d’élaborer une vision de l’utilisation du château à des fins publiques. Un concours sur préqualification était ensuite organisé en 2017 pour la partie architecturale. La conception de l’exposition actuellement visible au château, qui aborde les aspects architecturaux, militaires et politiques de l’emblème patrimonial de Rapperswil, était quant à elle confiée à l’agence Steiner Sarnen.

En plus de la restauration de l’ensemble des parties historiques du bâtiment – incluant les intérieurs réalisés à la fin du XIXe siècle pour le Musée national de Pologne –, le cahier des charges du concours prévoyait l’installation d’un escalier de secours, d’une buvette dans la cour du château et d’un nouvel accès aux salles destinées à l’organisation d’événements privés ou institutionnels. Les reconversions de châteaux forts et de châteaux constituent depuis la fin du XIXe siècle une tâche architecturale prisée, comme en témoigne justement le Musée de Pologne. Si, à l’époque, la reconstruction et l’extension dans un style historicisant étaient en vogue, le XXe siècle a quant à lui vu se développer des interventions précises, employant à dessein un langage formel moderne contrastant avec l’existant. Cette approche a consacré plusieurs chefs-d’œuvre, la transformation du Castelvecchio de Vérone en musée d’art par Carlo Scarpa (1974), ou la revitalisation du Castelgrande à Bellinzone par Aurelio Galfetti (1989) en tête.

La forteresse au plan triangulaire trône sur un éperon rocheux dominant la vieille ville de Rapperswil et le lac de Zurich. | Photo: Valentin Jeck

La forteresse au plan triangulaire trône sur un éperon rocheux dominant la vieille ville de Rapperswil et le lac de Zurich. | Photo: Valentin Jeck

La forteresse au plan triangulaire trône sur un éperon rocheux dominant la vieille ville de Rapperswil et le lac de Zurich. | Photo: Valentin Jeck

Créativité architecturale

«Restaurer, c’est actualiser», la formule de Galfetti résonne aussi dans la rénovation du musée de Rapperswil datant de 2012. Il se trouve dans la maison Breny, à l’allure de fortification, qui se dresse sur la même crête à proximité du château et de l’église. Les architectes biennois :mlzd ont remplacé l’aile reliant la maison communale à une tour du rempart par un volume cubiste habillé en laiton faisant office d’entrée principale et de salle d’exposition. Une approche résolument différente s’imposait pour la transformation du château voisin: inscrit à l’Inventaire suisse des biens culturels d’importance nationale, aucune intervention visible n’était autorisée sur son enveloppe extérieure. C’est avec un projet aussi intelligent que sensible, préservant l’apparence du château en concentrant la créativité architecturale sur sa distribution intérieure, que le bureau zurichois PARK ARCH – associé pour l’occasion à l’historien de l’art Philip Ursprung et à Jaco Jaeger Coneco Baumanagement pour la réalisation – a su convaincre le jury.

Fondé en 2004, PARK ARCH s’est toujours distingué par des interventions architecturales à la fois innovantes et respectueuses de l’existant. La transformation en 2009 d’une maison de style néoclassique tardif dans la Gerechtigkeitsgasse, ainsi que la récente réaffectation d’un entrepôt à charbon sur le site Koch (voir à ce sujet: Swiss Arc Mag 2026–1, p. 96–107), à Zurich toutes les deux, en sont la preuve. À Rapperswil, PARK a intégré la buvette dans la cour du château comme s’il s’agissait d’un meuble, et relié la Gügelerturm à l’ancien donjon au moyen d’un escalier de secours filigrane et sobre en métal.

Coupe | Plan: PARK ARCH
Coupe | Plan: PARK ARCH

Crevasses et marmites glaçiaires

L’escalier de l’aile Est du palais, exigu et vieux d’une quarantaine d’années, devait être remplacé par une nouvelle distribution verticale reliant tous les niveaux et donnant accès à toutes les salles. Pour les architectes, c’était l’opportunité de développer une intervention marquante visant la réanimation de la substance historique au moyen d’éléments modernes. «Toutes les interventions ont été inspirées par le bâtiment existant», explique Markus Lüscher au cours de la visite. Et au premier titre la verticalité, thème central du projet inspiré aux architectes par les tours dominant la silhouette de la ville, et bien perceptible sur le cheminement menant du lac au château. Comment transposer cette verticalité à une distribution verticale dont la surface au sol se réduit à quelques mètres carrés? Sans parler des défis techniques que représente l’intégration d’un ascenseur, d’un monte-charge, en plus d’un escalier servant également de chemin de fuite. L’inventivité et l’imaginaire des architectes ont été sollicités!

3ème étage | Plan: PARK ARCH
2ème étage | Plan: PARK ARCH
Rez-de-chaussée | Plan: PARK ARCH
1er étage étage | Plan: PARK ARCH

C’est l’image de la crevasse, depuis les profondeurs de laquelle on lève les yeux vers la lumière, qui a guidé les architectes. Une analogie qui dialogue par ailleurs avec l’hypothèse géologique selon laquelle l’éperon rocheux sur lequel trône le château a été façonné par une avancée glaciaire du glacier de la Linth. Comme quoi, l’inventivité et l’imaginaire sont parfois inspirés par la simple curiosité. La position des ascenseurs dégage une fente rendue dynamique par la course légèrement diagonale de l’un des deux ascenseurs. Un puit de lumière zénithal – réalisé avec une dérogation accordée magnanimement par les services de conservation des monuments historiques – permet à la lumière naturelle de pénétrer au plus profond de l’imposante fortification en léchant le béton lisse des deux gaines d’ascenseur. L’impression de se trouver dans une étroite grotte de glace aux reflets bleutés est bien réelle lorsqu’on découvre cet espace après avoir quitté le foyer situé en-dessous.

Dans ces conditions et avec cette ambition, la construction de l’escalier relevait du défi. Si l’exiguïté des lieux plaidait en faveur d’un escalier en colimaçon, la largeur des marches requise pour un chemin de fuite empêchait de recourir à cette solution. Le choix s’est donc porté sur des volées d’escaliers droites. Inspirés par les marmites glaciaires de Cavaglia, sur le versant sud du massif de la Bernina, les architectes ont disposé les volées de manière organique, en va-et-vient tantôt convexes, tantôt concaves, optimisant le peu d’espace à disposition et réduisant ainsi l’impression d’encombrement de l’imposante structure. «Les garde-corps et les paliers en béton ont été légèrement bombés vers l’extérieur pour donner un aspect dynamique aux escaliers», ajoute Markus Lüscher. Quant aux surfaces bouchardées, elles se chargent d’établir un dialogue avec la pierre omniprésente des murs existants.

En créant une impression spatiale de cascade sculptée par l’eau de fonte dans un moulin glaciaire, PARK ARCH a réussi à dynamiser des escaliers pourtant rectilignes et aux longueurs inégales en raison des hauteurs d’étage variables. Les paliers qui mènent aux différentes salles deviennent des balcons offrant des pauses contemplatives dans cet espace en mouvement. Ils invitent les regards à vagabonder à travers cet ouvrage inattendu et exceptionnel, au profit d’évidements arrondis et de liaisons ponctuelles avec le mur nord du château. Un tourbillon spatial, somme toute, qui fait paraître bien pâle l’hypothèse évoquée plus haut d’un escalier en colimaçon.

Maçonnerie de moellons, béton lisse et bouchardé, éléments anciens en bois – l’espace de l’escalier est le théâtre du dialogue entre différents matériaux. | Photo: Valentin Jeck
Photo: Valentin Jeck

Ingénieuse continuité

Conçu en collaboration avec l’ingénieur civil bâlois Tomaz Ulaga, l’escalier sculptural sert de contreventement, stabilise le mur nord de la forteresse en le reliant aux tours d’ascenseur, et permet à l’édifice de répondre aux normes antisismiques en vigueur. Sa force expressive – apparentable aux perspectives impossibles de M.C. Escher ou à certains détails tirés des «Carceri» de Giambattista Piranesi – est parfaitement mise en valeur par l’arrière-plan de la paroi en grès naturel, débarrassée de son crépi et réanimée par quelques réparations historiques. L’espace en lui-même est tout autant un lieu de rencontre qu’un système distributif fonctionnant sur le principe d’une «promenade architecturale». Au troisième étage, le mouvement en spirale de l’escalier s’achève sur un palier assez large pour faire office de foyer à la Grande Salle des Chevaliers (Rittersaal) aux teintes retenues et à la charpente apparente, rénovée de manière historicisante par contraste avec la nouvelle liaison verticale.

Axonométrie de l’escalier en béton | Plan: PARK ARCH

Axonométrie de l’escalier en béton | Plan: PARK ARCH

Axonométrie de l’escalier en béton | Plan: PARK ARCH

Concerts, conférences et autres types de manifestations y sont organisés, tandis que la Petite Salle des Chevaliers (Kleine Rittersaal) et le Salon des Comtes (Grafenstube) accueillent réceptions, mariages et banquets au premier étage. L’exposition permanente occupe le deuxième niveau: elle débute par une petite salle lambrissée adossée au rempart qui informe sur l’histoire du lieu, emprunte ensuite le chemin de ronde jusqu’à la tour poudrière semi-circulaire, rejoint la Gügelerturm et sa vue panoramique imprenable, avant de descendre par un escalier de secours en acier vers les salles du palais qui abordent également l’architecture du château. Le présent texte ne s’attarde malheureusement pas plus en détail sur la transformation du château, par ailleurs convaincante dans sa simplicité et son historicité, loin des ambitions spectaculaires du château de Bellinzone ou du musée de Rapperswil. Puissante, expressive et pourtant sobre, la transformation du château de Rapperswil démontre une fois de plus que l’architecture suisse contemporaine brille particulièrement lorsqu’elle se consacre à la préservation ou à la reconversion de son patrimoine bâti.

Foto: Valentin Jeck
Foto: Valentin Jeck
Le château fort conserve son caractère sobre et défensif. Quelques éléments comme la Grande salle des chevaliers, le nouvel escalier de fuite en acier, ou le mausolée du combattant pour la liberté Tadeusz Kościuszko et ses peintures datant de 1897, font de la visite des lieux un voyage plein de découvertes. | Foto: Valentin Jeck

Le château fort conserve son caractère sobre et défensif. Quelques éléments comme la Grande salle des chevaliers, le nouvel escalier de fuite en acier, ou le mausolée du combattant pour la liberté Tadeusz Kościuszko et ses peintures datant de 1897, font de la visite des lieux un voyage plein de découvertes. | Foto: Valentin Jeck

Le château fort conserve son caractère sobre et défensif. Quelques éléments comme la Grande salle des chevaliers, le nouvel escalier de fuite en acier, ou le mausolée du combattant pour la liberté Tadeusz Kościuszko et ses peintures datant de 1897, font de la visite des lieux un voyage plein de découvertes. | Foto: Valentin Jeck

L’essai a été rédigé par Roman Hollenstein pour Arc Mag 2026–3 et traduit par François Esquivié.

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