Ce qui reste et ce qui renaît – deux projects de réutilisation par in situ

Publié le 05 avril 2026

Peu de secteurs consomment autant de ressources que celui de la construction, tout en générant autant de gaspillage. Environ 40 pour cent des émissions de CO₂, plus de 80 pour cent des déchets: le bilan est désastreux. Mais alors que la démolition et la reconstruction restent la norme, l’intérêt pour les alternatives ne cesse de croître. Le mot-clé: la réutilisation. Mais dans quelle mesure l’espoir d’une pratique de construction circulaire est-il réaliste? Deux projets du cabinet d’architecture in situ montrent clairement ce qui est possible et où se situent les limites. À Arlesheim, le bureau montre comment les matériaux de démolition peuvent s’intégrer de manière lisible et affirmée dans le bâti existant. Et à Uster, une simple installation provisoire prouve que la construction circulaire ne doit pas nécessairement rimer avec renoncement.

Nina Farhumand

Alti Papieri – l'ancienne papeterie Stöcklin se transforme progressivement en un lieu dédié à l'artisanat, à l'art et à la culture. Dans le hall, le patrimoine existant, la rénovation et les nouvelles interventions se côtoient de manière visible. | Photo: Nina Farhumand

Alti Papieri – l'ancienne papeterie Stöcklin se transforme progressivement en un lieu dédié à l'artisanat, à l'art et à la culture. Dans le hall, le patrimoine existant, la rénovation et les nouvelles interventions se côtoient de manière visible. | Photo: Nina Farhumand

Alti Papieri – une nouvelle vie entre ces vieux murs

Une odeur de bois et de peinture fraîche flotte dans l’air. Une meuleuse hurle, des voix résonnent dans le hall. Les échafaudages sont encore en place, mais le nouveau visage de l’ancien bâtiment commence à se dessiner. Les châssis de fenêtres sont alignés, prêts à être posés. Sur le mur de briques mis à nu, l’histoire s’effrite: patine, anciennes inscriptions et couches de peinture racontent les vies passées de la maison. Là où l’on produisait autrefois du papier naît aujourd’hui un lieu dédié au commerce, à l’artisanat et à la culture. La coopérative Alti Papieri mise sur la rénovation plutôt que sur la démolition et assume pleinement les coûts supplémentaires. La structure porteuse est conservée. Les câbles et les conduites sont apparents; les poutres en acier et les murs en briques sont maintenus. Un entrepôt de matériaux sur le site sert de point de transit pour les éléments de construction réutilisables. Les châssis de fenêtres, les portes, les panneaux de bois et les grilles métalliques proviennent de projets de démolition ou ont été obtenus via des bourses aux matériaux de construction.

Les éléments récupérés sont entreposés sur place jusqu’à ce qu’ils soient réutilisés lors d’une phase ultérieure des travaux. Un ancien escalier d’école, par exemple, permettra à l’avenir d’accéder à la cour intérieure: un élément de construction banal qui endosse une nouvelle fonction dans un nouvel endroit. Certains éléments ne sont pas trouvés, ils sont simplement repérés au passage. C’est le cas, par exemple, des lourdes grilles en acier qui servent aujourd’hui de garde-corps et de supports pour les plantes grimpantes. Oliver Seidel les a découvertes par hasard en passant devant un chantier de démolition: un bref arrêt, une conversation avec le chef de chantier, une décision spontanée. De tels moments montrent que la réutilisation ne repose pas uniquement sur une stratégie, mais aussi sur l’intuition, le timing et des réseaux efficaces.

Alti Papieri, 1er étage: interaction entre l'existant, la démolition, la nouvelle construction et les éléments de construction réutilisés. Le plan montre comment la réutilisation s'intègre parfaitement dans la structure existante. | Plan © Baubüro Insitu
Atli Papierie Isométrie: la représentation axonométrique montre comment les éléments existants, les nouvelles interventions et les éléments réutilisés s'assemblent pour former un ensemble spatial cohérent. | Plan © Baubüro Insitu

Défis liés à l'utilisation des matériaux

Malgré leurs origines très diverses, les éléments de construction utilisés n'ont pas été choisis au hasard. Au contraire, leur disposition obéit à une composition minutieuse: les matériaux, les proportions et le rythme sont harmonisés. Il en résulte un ensemble qui, sans être homogène, est cohérent, une architecture qui raconte une histoire à chaque joint. Réutiliser ne signifie pas économiser, mais réorienter l’effort, en passant du travail sur les matériaux à celui de la conception. La réutilisation exige de la coordination, de la flexibilité et souvent aussi des investissements plus importants. Les éléments de construction sont gratuits, mais leur démontage, leur transport et leur mise en place coûtent du temps, de l’argent et des nerfs. Ce n’est pas la trame qui a été déterminante, mais le matériau.

Les fenêtres, de formes et de dimensions variées, ne sont pas toujours adaptées; leur qualité est variable et leur installation doit être pensée au cas par cas. Des facteurs économiques entrent également en ligne de compte. Acier ou bois? Au départ, l'équipe d'architectes privilégiait une structure en acier de récupération. Mais les prix de l'acier de récupération ont grimpé en flèche. Les concepteurs ont donc opté pour une construction en bois de trois étages, qui est non seulement moins coûteuse, mais aussi économe en matériaux, rapide à monter et offre une surface utile supplémentaire. Dans le pignon, de solides anneaux de puits provenant du génie civil servent de fenêtres rondes, un élément atypique au fort impact visuel. Pour les autres ouvertures, on a utilisé autant de fenêtres d'occasion que possible. Ce qui manquait a été complété. Résultat: un taux de réutilisation de 70 pour cent.

La réutilisation dans la pratique: les châssis de fenêtres issus de projets de démolition sont stockés en vue d'une réutilisation. | Photo: Nina Farhumand
Les anneaux de regard utilisés dans les travaux publics servent de fenêtres rondes. | Photo: Tobias Sutter

Lycée cantonal d'Uster – une école d'occasion

Alors qu’à Arlesheim, le parc immobilier continue de s’étendre, Uster montre comment la réutilisation s’impose même dans les installations provisoires, tout en les valorisant. Les rangées de conteneurs aux couleurs bleu, sable et rouille ne se contentent pas de délimiter des salles de classe: elles envoient un signal fort. La façade en tôle rayée joue sur l’origine et les variations de température – une référence aux Climate Stripes, mais aussi un engagement visible envers l’histoire des matériaux et le débat sur le climat.

Le bâtiment scolaire temporaire de l'école cantonale d'Uster est plus qu'une simple solution pragmatique: c'est un manifeste en faveur de la construction circulaire dans le secteur de l'éducation. Il ouvre également la voie à un avenir possible pour la construction scolaire. Le cahier des charges était clairement défini: plutôt que de construire un nouveau bâtiment, le canton a misé sur une installation provisoire existante de l'école cantonale située à Lee, à Winterthur. Les modules ont été démontés, transportés à Uster, réagencés et agrandis, puis complétés par des éléments de construction réutilisés. Une zone climatique en amont, réalisée en bois et à partir de composants d'occasion, améliore non seulement le confort, mais aussi la qualité de vie des occupants. Elle rafraîchit, protège, relie et rend le quotidien scolaire un peu plus durable.

Baubüro in situ

Les modules de conteneurs existants ont été recouverts de bois, d'isolant en fibres de bois et de tôles réutilisées. Une zone tampon en bois et équipée de fenêtres de récupération améliore le confort et l'efficacité énergétique. | Photo © Baubüro in situ

Les modules de conteneurs existants ont été recouverts de bois, d'isolant en fibres de bois et de tôles réutilisées. Une zone tampon en bois et équipée de fenêtres de récupération améliore le confort et l'efficacité énergétique. | Photo © Baubüro in situ
Zone climatisée au 1er étage: pièce composée de fenêtres recyclées et d'une charpente apparente. La zone située en avant améliore l'efficacité énergétique et le confort des occupants. | Photo © Baubüro in situ
Intérieur du bâtiment scolaire temporaire: des fenêtres recyclées, des installations apparentes et un mobilier orange caractérisent son aspect. La délimitation claire des espaces et les matériaux robustes facilitent l'orientation et garantissent la fonctionnalité au quotidien dans le cadre de la vie scolaire. | Photo © Baubüro in situ

Matériaux ayant une histoire

En entrant dans le bâtiment, on le constate immédiatement: ce n’est pas la trame qui a été déterminante ici, mais le matériau. Des fenêtres aux formes variées, des portes portant les traces de l’usage, des suspensions d’une autre époque, la réutilisation comme philosophie et non comme solution de secours. Même les arcades ne proviennent pas d’un catalogue, mais de la construction de tunnels. Elles marquent désormais, sous forme d’éléments massifs en béton, l’accès aux salles de classe. Les caillebotis remplissent une double fonction: protection contre les effractions et refroidissement nocturne. Tout est d’occasion, mais rien n’est laissé au hasard. La plupart des éléments de construction ont été acquis par Zirkular, en collaboration avec le bureau d’études, sur place, à partir de projets de démolition dans la région de Zurich et de Bâle.

La façade «Re-Use» est composée au total de 740 mètres carrés de tôle trapézoïdale provenant de trois chantiers de démolition. Les bandes de couleurs différentes confèrent au bâtiment une lisibilité qui lui est propre. Elles rendent visible l’origine des matériaux, créent une identité et font référence au débat sur le climat. Chaque porte, chaque fenêtre, chaque main courante est répertoriée: une fiche numérique des éléments de construction rend visible ce qui reste habituellement caché. L'origine, la quantité et les économies de CO2 sont documentées de manière exhaustive. 488 tonnes d'équivalent CO2 ont pu être économisées par rapport à une nouvelle construction: 418 grâce à la structure modulaire, 70 grâce aux composants d'occasion.

La carte ne sert pas seulement à la planification, mais aussi à la communication; placée bien en évidence dans le hall d’entrée, elle fait office d’infographie à part entière. À l’intérieur, le bois de mélèze côtoie le linoléum, tandis que les installations visibles s’harmonisent avec des couleurs apaisantes. Pas de fioritures, pas de décoration, mais de la robustesse, de la clarté, un espace propice à la concentration. La zone climatique située à l’avant sert de tampon, de lieu de rencontre, de troisième espace entre la salle de classe et le paysage. L’architecture, le quotidien et les matériaux s’entremêlent, tout naturellement, de manière très concrète. L'école cantonale d'Uster est plus qu'une solution provisoire. C'est un plaidoyer en faveur d'une nouvelle façon de construire, temporaire mais de qualité. Réutilisée, mais pas improvisée. Ce qui a commencé ici comme une solution provisoire devient un modèle: pour une architecture scolaire durable qui ne crée pas seulement des espaces, mais aussi des attitudes.

Baubüro in situ

École cantonale d'Uster – des tôles trapézoïdales recyclées sont préparées en vue d'une nouvelle utilisation. Dans des tons bleus, sable et rouille, ces éléments témoignent de leur origine et s'intègrent à la nouvelle enveloppe de la façade. | Photo © Baubüro in situ

École cantonale d'Uster – des tôles trapézoïdales recyclées sont préparées en vue d'une nouvelle utilisation. Dans des tons bleus, sable et rouille, ces éléments témoignent de leur origine et s'intègrent à la nouvelle enveloppe de la façade. | Photo © Baubüro in situ
École cantonale d'Uster, rez-de-chaussée : la structure modulaire existante provenant de Winterthur a été réaménagée à Uster, agrandie et complétée par des éléments de construction réutilisés. Le plan d'ensemble illustre le concept spatial de ce bâtiment scolaire temporaire. | Plan © Baubüro in situ
École cantonale d'Uster – coupe de façade: cette coupe illustre l'interaction entre les modules de type conteneur, la zone climatique en avant et la façade réutilisée. Le bois, les composants de seconde main et les constructions simples améliorent le confort et l'efficacité énergétique. | Plan © Baubüro in situ

Perspectives et limites

La réutilisation n’est pas une solution miracle, mais un outil prometteur. Son succès ne dépend pas seulement de la volonté, mais aussi du contexte: de la typologie, du timing, de l’offre de matériaux et, surtout, du courage des maîtres d’ouvrage. L’effort requis est important, les processus sont complexes. Le démantèlement, le transport et le stockage temporaire ne coûtent pas seulement du temps et de l’argent, mais exigent aussi une planification intelligente. C’est précisément là qu’interviennent des bureaux comme in situ. Grâce à des techniques low-tech, des constructions simples et un démantèlement ciblé, ils développent des stratégies qui peuvent être viables non seulement sur le plan écologique, mais aussi sur le plan économique. Mais pour que la réutilisation devienne la norme, il faut plus que de l’idéalisme: il faut un cadre juridique ferme et moins d’obstacles bureaucratiques.

Les premières initiatives telles que «Haus Europe» montrent la voie à suivre. Mais la réutilisation reste encore une pratique pionnière, et non la norme. La recherche s’y intéresse désormais de plus près. Les universités analysent les bilans carbone, remettent en question les modèles d’évaluation et précisent clairement que toute réutilisation n’est pas durable en soi. Lorsque des bâtiments entiers doivent être démolis, cela génère de nouvelles émissions. Les trajets de transport, les mises à niveau statiques, les compromis en matière de physique du bâtiment: tout cela reste en grande partie invisible dans le bilan écologique. La réutilisation n’est donc pas une panacée. Mais elle ouvre un champ de possibilités et marque un changement de perspective culturel. Là où elle réussit, il en résulte plus qu’une simple durabilité architecturale: il en résulte une architecture chargée d’histoire, des matériaux de caractère et un projet pour une construction différente, plus consciente.

Baubüro in situ

Documentation des composants réutilisés, incluant leur provenance et les économies de CO₂ réalisées. Un élément clé pour une conception circulaire et une communication transparente. | Fiche de composant © Baubüro in situ

Documentation des composants réutilisés, incluant leur provenance et les économies de CO₂ réalisées. Un élément clé pour une conception circulaire et une communication transparente. | Fiche de composant © Baubüro in situ

Le texte de Nina Farhumand a été publié pour la première fois dans le Baublatt, n° 25, le 12 décembre 2025.

Re-Use dans son contexte

Re-Use est un élément essentiel de l'économie circulaire. Voici un aperçu des principes fondamentaux:

Reduce: Consommer moins de matériaux et éviter les déchets, par exemple en curant un bâtiment plutôt qu’en le démolissant.

Re-Use: Réutiliser des éléments de construction existants, par exemple en intégrant dans de nouveaux projets des éléments déjà produits comme des fenêtres, des portes ou des poutres en acier.

Remanufacture: Reconditionner des matériaux existants et les rendre utilisables pour de nouvelles applications, par exemple en recoupant d’anciennes poutres en bois pour leur donner une nouvelle fonction.

Reycling: Recycler les matériaux, par exemple en concassant le béton pour l’utiliser comme granulat, ce qui peut, selon le procédé, entraîner une perte de qualité.

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