Casa Nova
7144 Vella,
Suisse
Publié le 01 avril 2026
sumcrap. gmbh atelier d'architectura
Participation au Swiss Arc Award 2026
Données du projet
Données de base
Données du bâtiment selon SIA 416
Description
Casa Nova voit le jour à Vella, dans le Val Lumnezia, sur un versant sud ensoleillé au-dessus du centre du village. Le lieu est marqué par la typologie constructive de toute la vallée. Des constructions en madriers disposées pignon sur rue et des granges-étables orientées vers la vallée, intégrées dans le paysage de montagne avec des vues allant du Péz Fess au Péz Signina, de la Pala da Tgiern au Péz Ault jusqu’au Péz Terri, constituent le point de départ du projet.
Le projet naît de l’initiative d’une jeune famille amie souhaitant une maison qui s’inscrive naturellement dans le tissu villageois tout en affirmant une identité propre. Il se veut également une contribution à une manière collective de poursuivre la construction au sein du village, comme partie intégrante d’un tissu social qui renforce le voisinage et perpétue le savoir du bois traditionnel – ses principes constructifs, ses techniques artisanales et ses logiques matérielles. Dans ce contexte, se pose la question de la légitimité contemporaine d’une nouvelle maison individuelle en milieu alpin. La réponse réside dans une posture architecturale claire: «Construire uniquement là où la construction, le matériau et la durée de vie offrent une perspective à long terme.» La construction en madriers est pensée dans des horizons temporels qui dépassent largement le présent, comme un système robuste capable de durer sur plusieurs générations et, dans le cas extrême, d’être démonté puis réemployé dans ses composants. Face au fait que les constructions existantes de ce type dans des villages comme Vella sont difficilement accessibles financièrement pour les habitants, la nouvelle construction devient ainsi une alternative assumée et responsable.
Qu’est-ce qui caractérise particulièrement cette commande?
Il s’agit de réaliser une nouvelle maison individuelle dans un contexte alpin tout en répondant à la question de sa légitimité actuelle. Le projet se comprend comme une contribution à la continuité du bâti villageois – pensée à la fois de manière constructive, sociale et sur le long terme.
Quelles réflexions sous-tendent ce projet?
Au cœur du projet se trouve le lien entre lieu, construction et matériau. La construction en madriers est envisagée comme un système générateur d’espace, qui dépasse la simple technique pour structurer l’organisation spatiale et l’atmosphère de la maison. Par ailleurs, le projet s’inscrit dans des temporalités longues, en termes de durabilité, de démontabilité et d’économie des ressources.
Quelles inspirations ont guidé le projet?
La typologie du Val Lumnezia avec ses constructions en madriers disposées pignon sur rue et ses granges-étables, ainsi que la logique artisanale précise de la construction bois traditionnelle. S’y ajoute la question de la traduction de ces principes dans une forme d’habitat contemporaine.
Quel rôle le site et l’existant ont-ils joué dans le projet?
Le projet suit rigoureusement la logique du site. La situation, la topographie et la grange-étable existante déterminent l’implantation, l’orientation et la volumétrie. Ils définissent également des relations visuelles ciblées avec le paysage et le village.
Dans quelle mesure la maîtrise d’ouvrage et les usagers ont-ils influencé le projet?
La relation étroite avec les maîtres d’ouvrage a permis une réflexion précise sur l’habiter en tant que structure sociale. Le souhait d’une maison identitaire et intégrée a conduit à une position claire vis-à-vis du lieu, de la construction et du rapport communautaire.
Comment le bâtiment s’inscrit-il dans la continuité de vos réalisations?
006 Casa Nova constitue une poursuite cohérente de notre réflexion sur la construction bois régionale. Le projet approfondit le thème du madrier comme système de conception et associe précision constructive et questionnements spatiaux et sociétaux.
Y a-t-il eu des changements de direction au cours du processus de conception?
La posture de base est restée constante. Les ajustements ont surtout porté sur la précision spatiale et l’élaboration constructive, notamment en ce qui concerne le comportement de tassement et les assemblages.
Les tendances actuelles en matière d’énergie ou de construction ont-elles influencé le projet?
Pas dans le sens de tendances à court terme. La durabilité est développée à partir de la construction elle-même: des structures ouvertes à la diffusion de vapeur, des matériaux naturels et une construction pérenne sont au premier plan.
Quel produit ou matériau a contribué au succès du projet?
L’élément central est le bois lui-même, assemblé avec précision dans une construction en madriers. Ce n’est pas tant un produit isolé qui est déterminant, mais l’interaction entre le matériau, l’assemblage artisanal et la préfabrication assistée par ordinateur.
L’implantation suit la logique urbaine locale. Un volume allongé, parallèle à la grange-étable voisine, reprend les structures existantes et en développe l’orientation. Celle-ci définit des cadrages visuels précis vers le paysage et le village, tout en organisant la structure intérieure. Au centre se trouve la construction comme principe générateur d’espace. La construction en madriers n’est pas considérée comme une simple technique, mais comme un système de conception structurant l’espace. Les couches de bois assemblées avec précision, leurs emboîtements dans les angles et la logique de leurs connexions produisent une structure dense et continue à partir de laquelle les espaces se développent. Des cellules spatiales porteuses, plus compactes et dédiées aux fonctions de service, structurent la maison et tendent entre elles une succession graduée d’espaces ouverts et baignés de lumière (principe positif/négatif). De larges vitrages apparaissent comme des extensions spatiales, s’ouvrant sur le paysage et tissant des liens entre intérieur et extérieur. Les surfaces en bois finement travaillées, réalisées selon une technique traditionnelle d’origine japonaise consistant à retirer à la lame de fines couches de bois semblables à du papier, renforcent la qualité lumineuse et la présence sensorielle du matériau dans l’espace. La continuité spatiale est accentuée par des relations visuelles et des transitions ciblées, créant une séquence de situations permettant différentes formes de cohabitation – du retrait à des espaces partagés.
Les exigences constructives du bois déterminent le projet dès le départ. Le comportement de tassement du bois – pouvant atteindre plusieurs centimètres par étage en raison du retrait des différentes couches de madriers – est intégré à la conception et pris en compte dans tous les détails d’assemblage. Une toiture lourde en quartzite de Vals complète ce système en apportant la charge nécessaire pour assurer un tassement homogène. Au centre demeure la structure en bois elle-même, composée de plus d’un millier de pièces fabriquées avec précision, préfabriquées en atelier à l’aide de procédés numériques, puis usinées avec rainures, languettes, feuillures, perçages et évidements, avant d’être assemblées sur place en quatre semaines par des charpentiers.
La durabilité découle directement du matériau et de la construction. Le bois comme matériau principal, associé à une isolation en cellulose ainsi qu’à d’autres matériaux naturels tels que la laine de mouton et le liège, permet une structure ouverte à la diffusion, économe en ressources et durable, sans membranes supplémentaires. Le processus de construction lui-même rend l’architecture perceptible : les espaces naissent de la structure et développent leur atmosphère à partir de la logique de l’assemblage, de la lumière et des proportions. Parallèlement, le projet renforce l’artisanat local et s’inscrit dans la culture constructive régionale. La maison en madriers se comprend comme une continuation de la tradition bois locale, issue de la logique du lieu, de la construction et du matériau, ainsi que d’une posture qui ne considère la construction en milieu alpin comme légitime que si elle est écologiquement et socialement soutenable à long terme.
Le projet de sumcrap. atelier d'architectura a été soumis dans le cadre du Swiss Arc Award 2026 et publié par Nina Farhumand.