Quand le détail façonne un langage architectural – l'Arc Afterwork Lausanne en vidéo
La créativité des architectes va au-delà des questions d’échelle. Chaque projet, même le plus modeste, peut devenir un moteur d’innovation. Les invités de la dernière soirée Afterwork organisée par Swiss Arc à Lausanne ont pu découvrir sept projets uniques de réaffectation et de transformation.

Alan Hasoo, Sébastien Tripod, Stefano Ciurlo Walker, Mélissa Vrolixs, Lucas Camponovo, Daniel Zamarbide et Guillaume Yersin lors de la discussion avec le public (de gauche à droite) | Photo: Pedro Gutiérrez Fernández
Il suffit parfois d’un détail pour transformer un projet architectural en vecteur d’innovation. Les quelque 150 personnes qui se sont réunies le 29 avril au Musée olympique de Lausanne ont ainsi pu avoir un aperçu de la force créative de l’architecture contemporaine, confrontée à un monde en tumulte et à de multiples défis climatiques ou financiers. Et cela s’est traduit par la présentation de sept expériences menées à Lausanne, Genève et La Sagne, avec chaque fois la résolution de problèmes a priori inextricables dans une logique de contention des coûts et de raréfaction des ressources.

Le Musée olympique affichait complet lors de la soirée Arc Afterwork. | Photo: Pedro Gutiérrez Fernández
Swiss Arc a donc réuni de nombreux acteurs de la construction autour d’une équation simple. Il s’agissait d’interroger la manière dont les architectes appréhendent les transformations contemporaines afin de leur donner une cohérence au sein de leurs projets. «Quand le détail devient langage», thème de la soirée, a ainsi mis en lumière les tensions et les dialogues qui se nouent entre concepteurs et maîtres d’ouvrage. Car au-delà des intentions architecturales, encore faut-il que la vision des uns trouve un écho auprès des autres.
Les sept projets présentés partageaient une même ambition: transformer des contraintes initiales particulièrement complexes en leviers de projet. Entre précision constructive, intelligence spatiale et prises de position parfois audacieuses, chaque intervention révélait une manière singulière d’habiter et de réinterpréter l’existant.L’atelier Marginalia, par exemple, est parvenu à introduire une lumière généreuse au cœur d’une ferme classée située à La Sagne. «Ces bâtiments du XVIIe siècle sont construits pour résister à des climats rudes, explique Mélissa Vrolixs, responsable de ce projet baptisé Uplift. Nous avons tiré parti du réchauffement climatique pour éclairer l’intérieur sans toucher à l’enveloppe. Le tout sous une charpente tricentenaire remise en valeur».
Après la lumière, la redistribution des espaces a aussi été au centre des préoccupations du bureau Rocades pour transformer et agrandir un appartement lausannois. Les différentes pièces du logement ont ainsi changé d’affectation pour donner un résultat jouant sur l’intimité et l’ouverture. «Nous avons malheureusement dû faire beaucoup de démolition pour arriver à nos fins», concède Alan Hasoo, l’architecte responsable du projet.
Le remplacement d’éléments désuets tombés en décrépitude n’est plus la norme. De nombreux projets projets préservent l’existant tout en lui apportant de la plus-value. Les réalisations du passé ne sont pas obsolètes. En témoigne la transformation de l’ancien manège de Genève, menée par le bureau Estar, qui s’est appuyée sur les interventions réalisées dans le bâtiment durant les années 1950 et qui en avaient profondément modifié les espaces intérieurs. Comme l’explique Stefano Ciurlo Walker, cette construction située au cœur de la Cité de Calvin est attestée dès 1841. Elle a connu de multiples transformations avant que ses dalles et ses murs ne soient sciés pour lui insuffler une nouvelle vie.
Dans le registre de la transformation du patrimoine bâti, NOMOS s’est distingué avec la rénovation énergétique de la tour Vieusseux à Genève, démontrant comment l’intervention architecturale peut conjuguer performance contemporaine et valorisation de l’existant. «Nous avons à la fois redistribué les espaces intérieurs tout en agissant sur l’enveloppe du bâtiment, explique Luca Camponovo. C’est un cortège de petits changements qui a ainsi façonné le projet.»
«Les petits changements relèvent de l’architecture mineure, relève Daniel Zamarbide, créateur de la Maison Molaire de Genève. Toutefois, ils sont valorisés dans le cadre de la gestion de la domesticité en étant très divers. Le projet fait fi de l’agencement intérieur à proprement parler. Il est exalté par le regard d’un photographe. À tel point que les occupants finissement par se réapproprier leur espace une fois transformé.
Les projets présentés ont largement mis en valeur les dynamiques de transformation du bâti existant.Comme celui d’une ancienne brasserie implantée au coeur du périmètre genevois de Praille-Acacias-Vernets en espace de logement. Par l’emploi de matériaux spécifiques souvent récupérés, l’architecte Guillaume Yersin, du bureau SAAS, valorise cette mutation. Dans ce monde de reconversions improbables, le projet Albertine, à Lausanne, a aussi transformé un atelier de réparation automobile en école de musique, avec un soin particulier porté à l’isolation phonique. Son architecte Sébastien Tripod (bureaumilieux, Lausanne) a insisté sur le recours au système D pour arriver au bout du chantier.
Les sept conférences ont ainsi montré que l’architecte peut aisément faire face aux contraintes imposées par la raréfaction des ressources, la gestion stricte des coûts et les défis lancés par le réchauffement climatique. Surtout lorsque le maître d’ouvrage voit son projet initial rendu plus complexe que prévu.