Interview du jury

Harald Echsle brachte Jury und Redaktion das Radiostudio Brunnenhof in Zürich näher, das spillman echsle architekten sorgfältig saniert und in eine Schule umgenutzt haben. | Foto: Jørg Himmelreich
Jørg Himmelreich Un prix comme les Swiss Arc Awards, qui vise avant tout à distinguer des démarches architecturales, repose nécessairement sur des critères d’évaluation. Quels critères avez-vous particulièrement pris en compte cette année? Et, au-delà de la durabilité, quels aspects avez-vous le plus souvent abordés dans vos discussions pour départager les projets et désigner les lauréat·e·s?
Dominique Salathé Cette année, nous nous sommes plus particulièrement penché·es sur la question de la richesse spatiale et de la diversité des constructions. Le débat sur une gestion raisonnable des ressources ouvre de nouvelles perspectives. Les domaines d’intervention sont plus vastes et plus difficiles à délimiter. Nous avons très souvent débattu de la catégorie d’appartenance des bâtiments: S’agit-il d’une réaffectation ou d’une transformation? L’approche typologique contribue-t-elle à la question du logement? et cetera.Ces critères peuvent paraître flous et nous en sommes conscients – cela étant dit, nous admirons la diversité et l’ambition des projets soumis. Nous savons par expérience que lorsqu’un projet présente une qualité exemplaire, le mérite en revient à un engagement sans faille de la part de ses auteur·rice·s. C’est aussi pour cela qu’il est important de se rendre sur place pour visiter les projets et en évaluer l’impact spatial concret.

Thibault Yersin vom Architekturbüro Bard Yersin Architectes stellte der Jury das Projekt Umnutzung Bauernhof vor, einen ehemaligen Bauernhof in Vuisternens-devant-Romont. | Foto: Jørg Himmelreich
Considérons l’ensemble des candidatures. Quel agenda architectural reflète au mieux la situation de la Suisse et de l’architecture suisse à l’heure actuelle?
Remo Derungs À mon sens, la mission consistant à «transformer, développer et intervenir sur la substance bâtie existante» occupe une place de plus en plus centrale à l’échelle nationale. La Suisse est en grande partie déjà construite; les défis à venir résident donc principalement dans la rénovation, le développement et la densification du parc immobilier existant. Et ce sera le cas encore longtemps.
Vos discussions au sein du jury sont toujours très animées, ce que j’identifie comme une qualité. Y a-t-il eu cette année des projets ou des aspects sur lesquels vous étiez en profond désaccord – et si oui, quelle en était la raison?
Ludovica Molo Oui, c’est arrivé. Nos discussions sont intenses et parfois controversées – lorsque nous sélectionnons les projets mais aussi lorsque nous les découvrons sur place. Les divergences d’opinion portent souvent sur la question de savoir ce qui rend un projet particulièrement pertinent et digne d’être récompensé à nos yeux. L’attribution des prix relève en fin de compte d’une forme de négociation. Et c’est, de mon point de vue, précisément une des raisons de l’intérêt de cette démarche.
Si notre formation est similaire, nous exerçons dans des conditions très différentes et dans diverses régions de Suisse, ce qui garantit des perspectives variées sur la culture du bâti. Mais en fin de compte, nous recherchons la même chose: des projets cohérents et précis qui s’interrogent sur les conditions actuelles de production de l’architecture et qui nous invitent à les reconsidérer – par-delà le langage, l’expression et l’échelle.
Un respect mutuel nous unit, tout comme l’écoute active et une grande passion pour l’architecture. Et c’est peut-être précisément la raison pour laquelle nous finissons toujours par tomber d’accord – et aussi pour laquelle cet échange est si enrichissant.

Christian Inderbitzin von EMI Architekt*innen zeigte, wie mit der Renovation des Theaters Winterthur die Architektur von Frank Krayenbühl behutsam auf Stand gebracht wurde. | Foto: Jørg Himmelreich
Entre l’intégration architecturale de panneaux solaires, de la terre crue ou d’éléments de réemploi: un nouveau canon se dessine-t-il pour l’architecture suisse contemporaine? Peut-on également dire des projets soumis qu’ils montrent que la pénurie de logements, la densification, la hausse des coûts de construction et les enjeux climatiques peuvent être une source de liberté architecturale ou d’un nouveau potentiel créatif?
Roger Boltshauser Le changement climatique et la pression exercée par la densification requièrent de l’architecture des stratégies nouvelles. La construction n’est pas différente en soi, et l’objectif climatique ne doit pas être le seul assigné à la pratique architecturale. Les questions d’identité et d’attitude vis-à-vis du patrimoine bâti occupent elles aussi le devant de la scène. Le large éventail d’éléments de réemploi qui stimulent l’identité, ou encore la transformation de bureaux en logements en sont la preuve. Le patrimoine bâti est traité avec le plus grand soin, et ces processus de transformation donnent sans cesse naissance à de nouvelles réponses architecturales qui forcent l’enthousiasme.
Comment un jury peut-il prendre au sérieux les émissions de CO2 du cycle de vie, l’énergie grise et le réemploi sans finir par évaluer uniquement des tableaux plutôt que l’architecture?
DS Dans le strict cadre du jury, nous n’avons guère la possibilité de vérifier en détail les chiffres et les calculs. Nous manquons également de temps pour examiner ces paramètres de manière approfondie. Pour nous, la fonctionnalité et la qualité spatiale d’un bâtiment sont au moins aussi importantes – voire plus – que ce type d’indicateurs chiffrés.La configuration spatiale et structurelle d’un bâtiment a généralement une durée de vie bien supérieure à celle des calculs à court terme. Toute transformation implique une intervention dans un cadre de vie existant et dans une situation concrète. C’est pourquoi nous nous efforçons d’évaluer la contribution globale d’un projet à l’amélioration d’un ensemble architectural, tout autant que sa qualité intrinsèque.
Bien entendu, l’utilisation parcimonieuse des ressources et la mise en valeur ou la réaffectation du patrimoine bâti existant sont des aspects essentiels. D’ailleurs, le projet le plus efficace est dans la plupart des cas celui qui s’accommode de l’existant.

Jil Ehrat vom Atalier NU erläuterte, wie mit cleveren Grundrissen beim Eckhaus auf die lärmbelastete Situation im Zentrum von Dietikon reagiert wurde. | Foto: Jørg Himmelreich
Il fait chaud, nous transpirons tous·tes: Avez-vous repéré, parmi les projets soumis, des approches visant à réduire la chaleur, à favoriser la biodiversité et à améliorer la qualité des espaces non bâtis, et qui soient convaincantes non seulement sur le plan technique, mais aussi sur le plan atmosphérique et architectural – ou ces deux niveaux divergent-ils la plupart du temps?
RB À Barcelone, des rues entières sont actuellement dégrappées et réaménagées avec des espaces verts. La récupération des enrobés permet de créer du mobilier urbain et des abris. Ces processus existent aussi en Suisse depuis longtemps. On remplace les enrobés bitumineux par des pavés écologiques, on plante pour apporter de l’ombre, on aménage les toitures pour en faire des espaces extérieurs attractifs. Le nouvel aménagement de la place jouxtant le monastère de Mariastein, découvert lors de notre petit périple, en est un bel exemple. À Barcelone comme en Suisse, les enjeux liés à la réduction des îlots de chaleur se traduisent par davantage d’espaces verts, moins de circulation et une meilleure qualité de vie, ce qui représente une véritable opportunité pour les espaces urbains.

Doris Wälchli führte durch das ehemalige Bürogebäude Normandie in Genf, welches Brauen Wälchli Architectes in Wohnraum verwandelt haben. | Foto: Jørg Himmelreich
Profitons-en pour évoquer la catégorie Next Generation. Les établissements d’enseignement supérieur abordent-ils efficacement les thèmes qui dominent actuellement le débat – climat, économie circulaire, transformation de l’existant, biodiversité et outils numériques? Et inversement: quelles sont les lacunes actuelles dans l’enseignement?
LM Les écoles d’architecture ont toujours été des lieux dynamiques de recherche, d’échange et d’expérimentation. L’éventail des thèmes et des disciplines qui peuvent y être étudiés et approfondis est aujourd’hui plus large que jamais. Outre les questions les plus pressantes de notre époque, on y aborde aussi l’histoire, la recherche typologique, les innovations techniques et les nouveaux matériaux. Mais au-delà de tout cela, l’essentiel devrait être de comprendre et d’apprendre à concevoir une architecture de qualité.
Ce qui, à mon avis, n’est pas suffisamment pris en compte dans de nombreuses écoles supérieures suisses, c’est la dimension urbanistique et territoriale de la conception. Je ne parle pas ici d’une question de taille ou d’échelle, mais d’une attitude: celle de toujours penser l’architecture à partir de son contexte urbain et territorial. Il n’y a pas de bonne architecture sans une réflexion précise sur le lieu et sans l’ambition de le renforcer et de le faire évoluer par le biais de l’intervention.
Cet ancrage confère au projet une continuité historique mais aussi une pertinence collective et politique. Il implique également une responsabilité envers la communauté et les générations futures – une responsabilité que notre profession devrait, selon moi, toujours vouloir assumer.

Bei sommerlichen Temperaturen war der Rundgang über den neugestalteten Klosterplatz Mariastein von Atelier Ehrenklau Hemmerling eine willkommene Erfrischung. | Foto: Jørg Himmelreich
Y a-t-il eu cette année des projets qui n’ont vraiment convaincu qu’au deuxième coup d’œil?
RD Certains d’entre eux se caractérisent par un haut degré de complexité. Lorsque ce ne sont pas seulement les aspects techniques et fonctionnels qui donnent le ton, mais que les qualités spatiales et atmosphériques jouent également un rôle central, la qualité de l’ensemble du projet n’apparaît souvent qu’au deuxième coup d’œil – ou lors d’une visite sur place.
Le jury
Roger Boltshauser
est fondateur du bureau Boltshauser Architekten à Zurich ainsi que de Boltshauser Architektur à Munich. Il est professeur à l’EPF de Zurich et membre du Baukollegium de Berlin.
Remo Derungs
est propriétaire de l’agence d’architecture d’intérieur gasser, derungs à Zurich et Coire. Il est actuellement président de VSI.ASAI et professeur à l’École professionnelle universitaire de Suisse italienne de Mendrisio. Avec Carmen Gasser Derungs, il gère également la Gelbes Haus à Flims.
Ludovica Molo
est directrice de l’Institut international d’architecture de Lugano et co-fondatrice de studio we à Lugano. De 2016 à 2024, elle a présidé la Fédération des architectes suisses FAS.
Dominique Salathé
est fondateur du bureau d’architecture Salathé Architekten à Bâle. Depuis 2004, il est professeur à l’Institut d’architecture de la FHNW et a enseigné en tant que professeur invité à l’EPF Lausanne.
Der Text wurde in Swiss Arc Award Mag 2026–4 erstveröffentlicht. Bestellen Sie Ihr Exemplar hier.