Neuf catégories, une vision pour la culture du bâti – voici les lauréat·e·s des Arc Awards 2026

Les lauréat·e·s, les membres du jury, les sponsors et l’équipe de rédaction réunis | Photo: Christine Zenz
Qu’est-ce qui rend un bâtiment durable? Est-ce sa faible consommation de ressources et sa capacité à s’adapter facilement? Ou est-ce plutôt sa capacité à marquer un lieu de son empreinte et à séduire par ses usages au quotidien, au point de donner envie de le préserver pendant plusieurs décennies – et de rendre cette préservation possible sans effort particulier? Les projets lauréats du Swiss Arc Award 2026 ont en commun d’avoir fait de ces questions le point de départ d’une réflexion féconde.
Avec 188 candidatures, le jury d’expert·e·s – composé de Roger Boltshauser, Remo Derungs, Ludovica Molo et Dominique Salathé – s’est attelé à la tâche exigeante d’identifier les projets qui parviennent le mieux à concilier ces enjeux. La sélection met l’accent sur ce que l’architecture peut apporter face au changement climatique, à l’expansion urbaine et à la multiplication des changements d’usage – et sur les critères auxquels elle doit se mesurer à long terme. Leurs auteurs et autrices ont manifestement cherché à privilégier la durabilité dans les constructions, les agencements spatiaux et les langages formels. La plupart ont en outre trouvé des solutions qui créent de la valeur ajoutée au-delà des enjeux immédiats des projets.
Lors de la Swiss Arc Award Night, qui s’est tenue le 29 octobre 2026 au Trafo de Baden, le choix des lauréat·e·s a ainsi permis de mettre en lumière la philosophie du jury. Jørg Himmelreich, rédacteur en chef de Swiss Arc, a animé avec charme cette soirée de remise des prix. Lors de cette cérémonie très attendue, des prix ont été décernés aux meilleurs ouvrages dans six catégories. Par ailleurs, un atelier de conception universitaire et une œuvre de toute une vie ont été récompensés, tandis que le coup de cœur du public a également été mis à l’honneur. À travers des déclarations percutantes, les membres du jury et les auteurs ont expliqué les qualités spécifiques des projets primés. Des vidéos et des interviews ont permis aux invités, tout au long du programme sur scène, d’avoir un aperçu précis des différents travaux.

Plus de 550 invités ont suivi avec impatience la remise des prix aux lauréats des neuf catégories. | Foto: Christine Zenz
Tisser des liens
Pour beaucoup, le moment fort de la soirée a sans aucun doute été la remise du prix récompensant l’ensemble de l’œuvre de Roger Diener. Son architecture a toujours envisagé la nouveauté en dialogue avec l’existant, sans pour autant en faire une obligation d’adaptation. Elle prend au sérieux la ville, ses typologies et son histoire, tout en laissant au projet une certaine autonomie. Son œuvre enrichit ainsi le débat actuel d’une perspective essentielle: un bâtiment ne devient pas durable uniquement parce qu’il est construit pour durer. Il doit également apporter une réponse convaincante à son lieu et à son époque, afin que les générations futures aient envie de continuer à l’utiliser. En évoquant également les efforts actuels de son cabinet en faveur d’une production architecturale plus durable, notamment à travers de nombreux bâtiments en bois, Diener a établi un lien entre ses cinq décennies d’activité et les nombreux autres projets présentés lors de la Swiss Arc Award Night. Ceux-ci explorent eux aussi des voies vers une culture architecturale plus respectueuse des ressources.

Roger Diener a été récompensé pour l'ensemble de son œuvre. | Foto: Christine Zenz
Des réponses imbriquées
Le prix du public, décerné à l’issue d’un vote en ligne organisé de juin à août 2026 auprès des lectrices et lecteurs de Swiss Arc, a été attribué cette année au cabinet Penzisbettini Architekten pour l’école Wiesental à Baar. Ce même projet a également été récompensé par le jury dans la catégorie Éducation et santé. En observant le bâtiment, on comprend rapidement pourquoi il a su convaincre aussi bien le jury d’expert·e·s que les lectrices et lecteurs: son rez-de-chaussée, qui dégage une impression de transparence et d’ouverture, fait de l’école un lieu de rencontre et le cœur poreux et accueillant de ce campus en pleine expansion. Sur le plan constructif également, l’école a beaucoup à offrir: sa structure en bois permet un agencement flexible, tandis que des poutres transversales à hauteur de plafond permettent d’installer les ailes de classes au-dessus d’un gymnase triple enfoncé dans le sol. Le projet démontre ainsi que les constructions en bois sont capables de franchir de grandes portées. Le projet de studio de radio de Spillmann Echsle à Zurich illustre lui aussi la capacité de l’architecture à évoluer dans le temps lorsqu’elle est conçue de manière robuste, qualitative et, en même temps, flexible. Grâce à cette réaffectation, un autre établissement scolaire a été récompensé dans la catégorie «Transformation». La conversion du bâtiment en lycée et en conservatoire de musique a ainsi ajouté un nouveau chapitre à son histoire. Construit en 1937 et agrandi en 1967, le complexe présente une architecture sobre, mais ponctuée de détails travaillés, discrets et intemporels. Les styles architecturaux des années 1930 et 1960, ainsi que les interventions plus récentes, ont été soigneusement pensés et s’équilibrent harmonieusement. Les ressources existantes et celles nouvellement intégrées ont été utilisées avec discernement afin de garantir au bâtiment une utilité spatiale et sociale aussi durable que possible.

Frédéric Dedelley a remporté le prix dans la catégorie architecture d'intérieur. Il a reçu les félicitations de Marcel Gmür, de Forbo, parrain de la catégorie, de Jørg Himmelreich, rédacteur en chef de Swiss-Arc et animateur, ainsi que de Remo Derungs, représentant du jury. | Photos: Christine Zenz
Travailler dans un contexte complexe
La diversité des réponses possibles se retrouve dans l’immeuble de bureaux et d’habitation de Christ & Gantenbein, situé dans la Willy-Brandt-Strasse à Hambourg, dans la place de retournement pour cars postaux avec parking à étages de Ruinelli & Associati Architetti à Soglio, ainsi que dans le mobilier liturgique conçu par Frédéric Dedelley pour l’église Sainte-Anne à Schindellegi. Leurs contextes de départ ne pourraient guère être plus différents: une grande ville aux multiples facettes, l’entrée d’un village alpin et un espace liturgique néo-baroque. Pourtant, ces trois projets s’intègrent dans leur environnement et repensent l’existant – jamais exclusivement sur le plan visuel, mais avant tout sur le plan conceptuel. À Hambourg, la tradition de la brique devient le point de départ d’une construction contemporaine; à Soglio, une infrastructure de transport se transforme en lieu public pour le village; à Schindellegi, des blocs erratiques laissés volontairement bruts créent un contrepoint subtil au mobilier historique de l’église.
On y reconnaît une deuxième ligne directrice du jury: la pertinence passe par le dialogue, mais pas par la retenue à tout prix. L'architecture a le droit de s'exprimer lorsqu'elle permet ainsi de clarifier une relation, d'ouvrir un espace ou de donner forme à une problématique restée jusqu'alors sans réponse.
Sur la Buchholzstrasse à Zurich également, les architectes d’EMI n’ont pas considéré le contexte comme un modèle à reproduire à l’identique. Witikon se caractérise par un tissu urbain ouvert et verdoyant, une qualité aujourd’hui mise à mal par l’augmentation de la densité. Les huit immeubles reliés entre eux offrent 130 logements tout en préservant des espaces pour les arbres, les perspectives et les liens avec le quartier. Ce projet montre que la densification ne se mesure pas uniquement au nombre de logements créés. Ce qui compte également, c’est de savoir quelles caractéristiques d’un lieu elle permet de préserver et de développer.

Le Trafo de Baden a de nouveau été le lieu de rencontre animé de plus de 550 professionnels de l'architecture. | Photos: Christine Zenz
L'architecture comme œuvre collective
Enfin, avec le Next Generation Award décerné au Studio Foundations de l’ETH Zurich, l’attention se porte sur la manière dont de telles décisions seront prises à l’avenir. La crise climatique, la raréfaction des ressources et les nouvelles possibilités techniques modifient non seulement les modes de construction, mais aussi la conception même de la profession. Ce cours intégratif de première année ne prétend pas proposer de recettes toutes faites. Il met en dialogue, dès la phase de conception, différentes perspectives disciplinaires et fait ainsi de l’acceptation de la complexité et de la négociation collective une norme dès le début de la formation. Le fait que le jury récompense cette approche constitue un vote contre les réponses prétendument simples et les domaines de compétence strictement délimités. La prochaine génération doit apprendre à développer la qualité architecturale non pas en opposition aux multiples exigences d’un projet, mais à partir de leur confrontation.

Neuf trophées ont été remis. | Photos: Christine Zenz
Des échanges animé
Le Swiss Arc Award s’est depuis longtemps imposé comme un rendez-vous incontournable de la scène architecturale suisse. Bien plus qu’une simple cérémonie de remise de prix, ce gala associe la mise en valeur de la culture architecturale et des innovations à des moments de réseautage, le tout dans une ambiance unique. La soirée a débuté par une réception conviviale et des visites guidées des nouveautés présentées sur les stands des partenaires industriels, avant de laisser place à la cérémonie de remise des prix. La présentation de tous les projets présélectionnés, illustrés par de grandes photographies sur des stèles, a non seulement créé une atmosphère particulière dans le hall, mais a également permis d’examiner tranquillement les bâtiments nominés et d’en découvrir les subtilités. À l’issue de la partie scénique, l’immense hall 37 s’est transformé en un lieu de rencontre animé pour les plus de 550 participant·e·s et invité·e·s. Les délices culinaires allaient des burgers gastronomiques à un dîner «flying dinner» servi en plusieurs temps. En guise d’au revoir, chaque visiteur·rice a reçu le Swiss Arc Award Mag, tout juste sorti des presses, qui présente les bâtiments nominés et primés. Associé aux dossiers complets de tous les projets soumis, disponibles en ligne sur Swiss Arc, il invite cette année encore à approfondir la découverte de ces contributions variées et remarquables, à la manière d’un annuaire bimédia de l’architecture suisse.
Lauréat·e·s du Swiss Arc Award 2026
Lifetime Achievement Award
Depuis cinq décennies, Roger Diener marque de son empreinte l’architecture suisse grâce à une approche qui place toujours la nouveauté en dialogue avec l’existant. Ses réalisations associent précision typologique, continuité urbanistique et langage architectural sobre, qui ne cherche pas à attirer l’attention, mais à renforcer le caractère du lieu. Avec le cabinet Diener & Diener, il a notamment marqué de manière décisive l’architecture du logement et la manière d’aborder la ville comme le fruit d’une évolution historique. Le Lifetime Achievement Award rend hommage à un architecte, un enseignant et un penseur urbain dont l’œuvre montre comment l’architecture peut être à la fois autonome et évidente, contemporaine et profondément ancrée dans l’histoire.
Habitat
Avec le complexe résidentiel de la Buchholzstrasse, les architectes d’EMI sont parvenu·e·s à densifier de manière convaincante le quartier zurichois de Witikon, riche en espaces verts. Huit bâtiments en forme de losange, reliés entre eux, composent un ensemble complexe aux multiples facettes, ponctué d’espaces extérieurs variés qui intègrent les arbres existants. À l’intérieur, des appartements lumineux offrent des enchaînements spatiaux surprenants et des perspectives variées, créant un lien constant entre l’habitat et son environnement. Le projet montre ainsi comment une architecture résidentielle de qualité peut conjuguer identité urbaine forte, diversité spatiale et haut niveau de confort.
Architecture d'intérieur
Pour l’église néo-baroque Sainte-Anne de Schindellegi, Frédéric Dedelley a conçu un nouveau mobilier liturgique à partir de blocs erratiques. Provenant de la vallée du Rhin, ceux-ci ont été transformés, au moyen de quelques coupes précises, en autel, ambon, chandelier de Pâques et fonts baptismaux. Les surfaces poncées et polies côtoient les faces de pierre laissées brutes et naturelles, prolongeant ainsi le jeu baroque entre formes organiques et géométriques dans une interprétation contemporaine. Alors que le baroque aspirait à une représentation esthétisée de la nature, ce concept apprivoise la matière naturelle elle-même pour la transposer en géométrie. Le chœur ainsi réaménagé joue du contraste entre une opulence jubilatoire et une sobriété sereine.
Éducation et santé + Prix du public
Au sein du complexe scolaire de Wiesental, plusieurs bâtiments s’assemblent pour former un ensemble harmonieux qui s’inscrit dans l’échelle du contexte environnant tout en développant une identité propre. De vastes espaces ouverts traversent le site et en font un véritable campus. Il ne s’agit donc pas d’un complexe scolaire au sens classique du terme, mais d’un ensemble articulant bâtiments, cours et cheminements. Le bois en constitue le fil conducteur, tant sur le plan structurel que spatial. Les deux étages supérieurs de l’école forment une poutre en treillis de 50 mètres de long qui enjambe un gymnase triple. La séparation entre la structure porteuse et les éléments secondaires permet d’adapter le bâtiment aux besoins futurs. Le complexe scolaire montre ainsi comment un programme spatial ambitieux peut se traduire par un ordre architectural et urbanistique précis.
Travail, production et infrastructures
Au cœur de Hambourg, à l’extrémité du «Holzbrücke», entre la Willy-Brandt-Strasse à six voies et le Nikolaifleet, le cabinet Christ & Gantenbein a réalisé un nouvel immeuble de bureaux et de logements. Sur le plan architectural, celui-ci établit un lien entre les maisons traditionnelles qui bordent les canaux et les grands ensembles contemporains. Deux volumes distincts composent le bâtiment: la partie de bureaux, plus haute et dotée d’une trame de façade dense, accentue la configuration en angle, tandis que l’aile résidentielle adjacente se distingue par des encorbellements plus généreux. Des pilastres semi-circulaires rythment les façades et font référence à l’expressionnisme en brique du XXe siècle. Les briques fabriquées à la main proviennent d’une briqueterie située dans l’Elbmarsch. Les encadrements de fenêtres verts s’accordent avec la maçonnerie rouge et confèrent à l’ensemble une apparence sobre.
Loisirs et lifestyle
Avec l’aire de retournement des cars postaux et le parking à étages de Soglio, Ruinelli & Associati Architetti confèrent une nouvelle identité architecturale à Clüs, l’entrée historique du village. Le volume trapézoïdal épouse le relief du terrain tout en s’appuyant contre le précipice. Il en résulte un volume qui semble solidement ancré et qui établit un dialogue avec une tour voisine. Des piliers en béton de couleur anthracite rythment trois des façades et forment ainsi une sorte de portique abstrait, dans lequel la lumière pénètre et rend visible le paysage environnant. Le toit est une place pavée qui offre des points de vue et invite à s’attarder. Un escalier en pierre mène au village, la vue sur un clocher indiquant le chemin.
Transformation
L'ancien studio de radio Brunnenhof, situé dans le 6e arrondissement de Zurich – construit dans les années 1930 par Otto Dürr, premier bâtiment spécialement dédié à la radio en Suisse, puis agrandi en 1967 par Max Bill et Willy Rost –, a été transformé en complexe scolaire par le cabinet d'architectes spillmann echsle. L’excellente acoustique des salles permet une double utilisation par le collège et le conservatoire de musique. De nouveaux espaces d’apprentissage dans la tour, la reconversion des archives sonores en salle de motricité ainsi qu’un nouvel escalier spacieux reliant le rez-de-chaussée aux salles de classe des étages supérieurs créent des espaces éducatifs contemporains au sein de la structure historique du bâtiment. Un auvent accueillant marque la nouvelle entrée principale et fait référence à l’accès d’origine conçu par Dürr.
Next Generation
Studio Foundations – cours intégré de première année
ETH Zurich – Philippe Block, Roger Boltshauser, Maarten Delbeke, Fabio Gramazio, Daniel Mettler, Jacqueline Pauli, Arno Schlüter et Martina Voser
Avec les «Studio Foundations», l’ETH Zurich a profondément réorienté son programme de première année afin de répondre à l’évolution des exigences du métier d’architecte. Au cœur de cette approche se trouve une culture de la conception et de la discussion collectives, dans laquelle différentes perspectives sont mises en commun et les problématiques abordées de manière interdisciplinaire et transdisciplinaire. La construction, les structures porteuses, l’énergie et le climat, ainsi que les enjeux sociétaux, ne sont pas traités isolément, mais considérés comme des composantes à part entière de la conception architecturale. Les premiers travaux montrent comment cette diversité des approches peut constituer une base solide pour former une nouvelle génération d’architectes à la fois responsables et ouverts à l’expérimentation.
Le Swiss Arc Award Mag 2026–4 présente tous les projets primés ainsi que l'ensemble de la sélection finale. Abonnez-vous ici!
Vous trouverez plus d’informations sur l’Arc Award, la cérémonie de remise des prix et les projets lauréats, ainsi que de nombreuses photos, sur la page dédiée au Swiss Arc Award.







