Mobilier liturgique pour l'église Sainte-Anne
8834 Schindellegi,
Suisse
Publié le 15 avril 2026
Frédéric Dedelley, Product Design
Participation au Swiss Arc Award 2026
Données du projet
Données de base
Description
Lien entre le néo-baroque et le présent, entre l’artificiel et le paysage
De nombreux blocs erratiques se sont échoués dans les environs de Schindellegi. S’inspirant de la roche en tant que symbole religieux, les architectes d’intérieur ont sélectionné trois blocs erratiques provenant de la vallée du Rhin et les ont fait travailler pour en faire un autel, un ambon et des fonts baptismaux. Et ce, de telle sorte que les surfaces taillées et polies rencontrent la pierre brute et naturelle, prolongeant ainsi le jeu baroque des formes organiques et géométriques. Mais alors que le baroque aspirait à créer un monde opposé à la nature, ce concept apprivoise la nature réelle et la transforme en géométrie. Des formes simples et sobres caractérisent les stalles, la croix et les chandeliers qui complètent le mobilier liturgique.
Le chœur réaménagé de l’église néo-baroque Sainte-Anne vit désormais pleinement du contraste entre une opulence jubilatoire et une sobriété sereine.
Contexte
L'église Sainte-Anne, conçue par l'architecte August Hardegger dans un style néo-baroque, se dresse sur une butte au centre de Schindellegi. Grâce à cet emplacement, elle est baignée de lumière naturelle tout au long de la journée. L'intérieur sobre et blanc ainsi que les vitraux clairs offrent un contraste saisissant avec les couleurs baroques des autels richement décorés, issus de l'atelier d'Anton Sigrist. L'ensemble de l'intérieur dégage une atmosphère à la fois solennelle et sereine.
Lien avec la religion
Tout comme l'architecte August Hardegger s'est inspiré des églises baroques de la région pour concevoir l'église Sainte-Anne, nous avons souhaité intégrer le contexte géographique dans notre projet. Nous ne nous sommes pas référés à un style, mais au phénomène géologique des blocs erratiques, qui constituent un élément caractéristique du paysage dans la région des Préalpes. Sur la route entre Samstagern et Schindellegi se trouve un magnifique exemplaire d’un tel bloc erratique, qui a constitué une source d’inspiration supplémentaire pour notre projet.
Les architectes d'intérieur ont proposé de concevoir le nouveau mobilier liturgique de l'église Sainte-Anne à partir de ces pierres naturelles. Celles-ci sont souvent constituées de calcaire noir et ont été transportées il y a des millions d'années par les glaciers depuis les Alpes vers la plaine.
En quelques coupes précises, nous avons transformé ces pierres en meubles, tout en laissant intacte une grande partie de la surface brute de la pierre. Nous avons ainsi réinterprété les principes stylistiques baroques et créé des objets à part entière qui dialoguent avec la substance historique.
Fonction et symbolisme
Un autre point de départ pour la conception du nouveau mobilier liturgique a été l’alliance de la fonction et de la symbolique, telle qu’elle est célébrée depuis des siècles dans l’Église catholique.
Autel: en référence au rocher sur lequel le Christ a bâti son Église (1 Co 10,4), les autels sont souvent conçus depuis le Moyen Âge comme des blocs monolithiques en pierre naturelle. Pour le nouvel autel, les auteurs se sont inspirés de cette tradition et ont réinterprété cette typologie en la combinant avec les principes de conception baroques.
Ambo: L’ambo est le lieu surélevé d’où sont lues la lecture biblique ou l’Évangile. Cette «montée» trouve son explication dans une parole du prophète Isaïe: «Monte sur une haute montagne, Sion, messagère de la joie» (Is 40,9). On monte à l’ambon surélevé pour annoncer aux hommes la venue du Sauveur. Une pierre peut donc très bien symboliser l’origine de l’ambon.Fonts baptismaux: comme les fonts baptismaux devaient être placés à l'avant de l'église et qu'ils seraient ainsi en lien visuel étroit avec l'autel et l'ambon, l'équipe de Frédéric Dedelley a proposé de les redessiner également. Les premiers fonts baptismaux autonomes connus sont des monolithes posés au sol, souvent décorés avec art de reliefs, d’ornements ou de figurines. Dans cette conception, la surface brute de la pierre reprend le rôle des ornements des fonts baptismaux historiques.
Le projet a été soumis par l’Atelier Frédéric Dedelley pour le Swiss Arc Award 2026 et publié par Jørg Himmelreich.